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Opinion |

La lutte contre les inégalités de revenus grandissantes en Indonésie

par Dana Hasibuan

L'auteur est chercheur au Forum international des ONG pour le développement indonésien (INFID).

Au cours des dix dernières années, la réduction de la pauvreté a été considérée comme l’un des sujets les plus importants dans les politiques de développement indonésiennes. Cela est en lien avec l’engagement d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement qui visent à réduire de moitié le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar un jour, selon le PNUD.

Dans son rapport 2011, le Conseil de planification du développement national indonésien (Bappenas) a déclaré que cet objectif avait été atteint.

Et bien que cela mérite crédit, il est temps d’aller plus loin lorsqu’on aborde la question des inégalités.

Une étude publiée par l’Institut de recherche en politiques publiques présente deux raisons fondamentales pour lesquelles nous devrions élargir notre programme de développement en y intégrant la notion d’inégalité. La première est liée aux inégalités liées aux disparités de revenus.

Au cours des dix dernières années, la croissance économique de l’Indonésie a augmenté de plus de 4 à 6 pour cent, selon une étude réalisée par GlobalEdge. Un des effets tangibles de cette croissance est une augmentation significative du produit intérieur brut (PIB), qui en 2012 s’élevait à environ 878 milliards de dollars, selon la Banque mondiale.

Mais nous ne devons pas nous satisfaire de cette tendance positive, car la dure réalité est que notre société est de plus en plus inégale. Selon un dernier rapport, l’indice de Gini – qui reflète les disparités de revenus (où 0 indique une égalité parfaite et 1 est l’inégalité parfaite) est passé de 0,37 en 2012 à 0,41 en 2013 (The Jakarta post, 7 Février 2014).

Une étude publiée par Forum international des ONG pour le développement indonésien (INFID) dans certaines régions a révélé un très grand écart de revenu. Par exemple, le salaire minimum mensuel à Jakarta, fixé à environ 2,5 millions de roupies (221 dollars), est incomparable au salaire du PDG d’une société d’État, qui gagne 250 millions roupies par mois.

Cette situation s’est vue aggravée par le système fiscal, qui nuit non seulement aux pauvres, mais également à la classe moyenne. En 2010, les recettes générées par l’impôt sur le revenu à l’échelle nationale étaient 55,3 milliards de roupies. Ce chiffre contraste avec les impôts prélevés sur les revenus des travailleurs indépendants et des entrepreneurs, qui représentait seulement 3,6 milliards de roupies, selon une étude de 2012 réalisée par le centre de recherche Prakarsa.

Ce dernier chiffre soulève de sérieuses questions, étant donné que le patrimoine des 40 personnes les plus riches d’Indonésie s’élève à 680 millions de roupies, selon Prakarsa. La liste pourrait continuer longuement, mais le message principal est clair : alors que la classe moyenne travaille dur et paye des impôts sur le revenu, il existe un petit groupe de la haute élite qui a accumulé d’énormes richesses et à qui on collecte des impôts incroyablement bas. La deuxième forme d’inégalités est structurelle. Dans ce contexte, les inégalités structurelles privent une personne ou un groupe de l’opportunité ou bien des fruits d’une vie qu’ils considèrent comme ayant de la valeur (Sen, 2002).

L’attention de l’opinion publique mondiale s’est rapidement portée sur les inégalités structurelles, à mesure que les preuves empiriques indiquent que les programmes de développement en cours n’ont réussi à améliorer les résultats moyens que de certains besoins de base, mais en laissant de côté les groupes et les individus les plus pauvres et les plus marginalisés, comme les personnes handicapées, les minorités religieuses et les communautés autochtones, selon l’UNICEF.

En Indonésie, les efforts pour réduire la pauvreté démontrent clairement ce dernier point. Le Programme National d’Empowerment Communautaire Mandiri (PNPM Mandiri) a été salué pour son approche communautaire lors de la création d’emplois plus surs et plus durables et pour la mise à disposition de ressources directement à la communauté afin de réduire la pauvreté dans les zones rurales.

Cependant, une évaluation du programme PNPM Mandiri pointe l’incapacité de répondre aux aspirations des groupes marginalisés, en particulier car les inégalités enracinées n’ont pas été reconnues, encore moins surmontées, tel que la discrimination sur la base de l’identité, comme l’a révélé une étude réalisée par le centre de recherche AKATIGA en 2010.

Quand nous reproduisons les discriminations, l’impact est dévastateur, car cela signifie qu’une personne est presque prédéterminée à la pauvreté simplement parce que ses caractéristiques sociales ou physiques la placent dans une position subordonnée au sein de la société.

C’est également préoccupant du point de vue économique, car lorsqu’on exclut les personnes handicapées du marché du travail, nous perdons potentiellement de 3 à 7 pour cent du PIB total, selon les chiffres de l’UNICEF de l’an dernier.

Il existe un certain nombre de mesures que l’on peut prendre pour améliorer la situation actuelle. Dans le cas des disparités de revenus, les catégories d’impôts devraient être élargies.

Aujourd’hui, toute personne gagnant plus de 500 millions de roupies par an est soumise à une taxe de seulement 30 pour cent de son revenu total. Avec l’augmentation de la richesse, comme souligné ci-dessus, il faut ajouter deux niveaux – les personnes qui gagnent minimum un milliard de roupies par an devraient être taxées à 35 pour cent ; et les personnes gagnant cinq milliards de roupies par an devrait être imposées à 45 pour cent.

La deuxième mesure est de faire progresser l’information sur les sommes qui pourraient potentiellement être soulevées au travers des impôts. Le gouvernement devrait viser à augmenter le taux d’imposition – la capacité réelle du gouvernement de percevoir des taxes – d’un pour cent chaque année.

À l’heure actuelle, nos impôts ne représentent que 12 pour cent du PIB total, alors que dans l’idéal, en tant que pays à revenu intermédiaire, que les taxes devraient contribuer pour 19 pour cent du PIB, tel que rapporté par INFID.

En ce qui concerne les inégalités structurelles, les décideurs politiques au niveau local et national doivent reconnaître que la privation de bien-être ne peut être séparée de la discrimination politique, économique, culturelle et sociale, et qu’elles se superposent et s’entrecroisent.

Cependant, dans le même temps, les cas de discrimination sont considérés comme faisant partie de la grande complexité du passé, du présent et de l’avenir de ce pays et ont placé les différents groupes dans un contexte de différentes relations discriminatoires historiques.

Ainsi, c’est le devoir du gouvernement de veiller à ce que les obstacles multiples soient dépassés, de sorte à ce que les aspirations et les espoirs des gens puissent se réaliser. La prochaine élection présidentielle serait le moment idéal pour pousser nos futurs dirigeants à entamer l’élaboration de politiques visant à assurer l’égalité et la justice.

L’auteur est chercheur au Forum international des ONG pour le développement indonésien (INFID).

Source: INFID