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Non Governmental Diplomacy: Sujets

Résolution et prévention des conflits

PFN responsable: CNONGD

Les conflits qui ont ravagé et continuent à ravager le monde en général et le continent africain en particulier depuis les années des indépendances sont, de l’avis de plusieurs analystes, un des freins au décollage économique et à la croissance des continents. Aujourd’hui encore la construction de la paix en Afrique et ailleurs demeure un défi majeur auquel aucun leader des pays du monde (surtout du continent africain) ne pourrait se dérober. Ceci au regard de la carte des zones où les conflits violents sont encore en cours.

La carte des conflits éditée par la revue RAMSES en 2001 décrit la situation actuelle des principales guerres et tensions dans le monde, présente les zones de conflit intra-étatique, l’intervention d’armées étrangères, le soulèvement et terrorisme séparatiste et les tentatives de règlement. Cependant, comme le pense J.Lévy, une description et une énumération sont insuffisantes : il faut dépasser une simple étude des rivalités territoriales, une conflictologie et théoriser le concept de guerre et analyser les rapports de forces.

Cette carte témoigne d’une vision spécifique du monde : un système conflictuel peuplé de foyers guerriers, de zones de tension, et de soulèvement terroriste. Les conflits, répartis de manière diffuse, sont pour la plupart intra-étatiques, témoignant de soubresauts identitaires. Aussi cette carte montre-t-elle de manière probante que la majorité des conflits tend à s’émanciper du cadre étatique et à se développer plus souvent à l’échelle régionale, ethnique ou identitaire. Ces conflits nous interpellent. Leur solution est un défi non seulement pour les politiques de nos pays mais aussi pour nos sociétés civiles. La paix est une priorité pour le monde et l’Afrique. Aider à la construire est un devoir moral de l’humanité. Les sociétés civiles et les États peuvent s’appuyer sur un arsenal juridique international protégeant les populations civiles et permettant de traduire en justice les responsables des crimes commis lors des conflits (Charte des Nations Unies, Cour Pénale Internationale et TPI, Convention de Genève, Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, etc.).

Réunissant trente-trois des quarante-huit pays les moins développés du monde, l’Afrique est non seulement la plus pauvre de toutes les régions du monde, mais aussi la seule qui continue de s’appauvrir ; pire, elle se trouve littéralement contournée par la construction triangulaire en cours (Europe- Amérique- Asie) qui dessine l’avenir économique et politique du monde. Appauvrie et marginalisée, l’Afrique est aussi la région du monde la plus touchée par la guerre : plus de trente conflits s’y sont déroulés depuis trente ans. Ces affrontements sont dans leur grande majorité des conflits internes opposant non seulement des armées régulières, mais également des milices et des groupes armés, et dont les populations civiles sont les principales victimes.

Aux conflits des années 1980 caractérisés par leur potentiel d’irradiation régionale, le poids des rivalités ethniques, la fréquence des révoltes populaires, les mouvements de populations à l’intérieur et à l’extérieur des frontières, ceux des années 1990 et 2000 ajoutent l’absence de but politique des belligérants, plus soucieux d’exploiter à leur profit les ressources du pays, la privatisation des acteurs directs ou indirects de la guerre, l’expansion de la criminalité organisée, profitant de la perméabilité des frontières et par-dessus tout de l’ampleur des violences à but génocidaire.

L’une des causes profondes de ces conflits réside dans l’entrée en crise du modèle d’État-Nation en Afrique. En effet, les États africains résultent de l’implosion du régime colonial. Sur aucun autre continent, les frontières des États ne reflètent aussi directement et aussi intrinsèquement la définition des sphères de contrôle des différentes puissances impériales.

En Afrique Centrale, zone d’action du REPONGAC, au regard de l’évolution de l’histoire récente, la région peut être considérée à juste titre comme un foyer de tensions sociopolitiques multiformes et récurrentes, tant il est vrai que l’on y a assisté au développement de nombreux conflits armés aux conséquences dramatiques, depuis l’accession à la souveraineté nationale des pays de cette région centrale du continent. En effet, parmi les onze États que compte la région, à peine trois connaissent une relative stabilité politique et sociale (Gabon, Guinée Équatoriale et Cameroun). Dans leur grande majorité, les autres pays de la sous-région restent confrontés de manière quasi permanente à divers types de conflits, qui fragilisent l’équilibre sécuritaire régional et inhibent en conséquence le processus de développement économique et social de ces pays.

Dans cette partie du continent sous l’emprise de régimes politiques autocratiques caractérisés par la répression politique systématique des opposants et la violation flagrante des principes élémentaires de bonne gouvernance, le processus de développement économique est comme grippé. Ainsi selon l’organisation internationale Alerte, les indices clés des conflits dans la sous-région sont principalement le manque de confiance et la cristallisation de perceptions négatives réciproques entre les principaux acteurs politiques. L’exclusion sociale, les problèmes identitaires, l’absence de transparence dans la gestion des affaires publiques, ainsi que l’action à la fois sournoise et pernicieuse de certaines firmes internationales qui jouent derrière les rideaux, constituent des facteurs aggravants des conflits sociaux dans la sous-région.

Ces facteurs concourent par ailleurs à faire de l’Afrique Centrale un espace de paradoxe où la richesse du sous-sol coexiste dans toute sa splendeur avec la pauvreté absolue d’une population qui ne couvre pas ses besoins fondamentaux. En effet, le leadership et la corruption endémique érigés en système de gouvernance mettent les populations à l’écart des profits liés à l’exploitation des immenses richesses naturelles de la sous-région. Dès lors, à tort ou à raison, les ressources naturelles sont considérées aujourd’hui comme le véritable nerf des conflits dans la sous-région de l’Afrique Centrale.

La plupart des pays de la région ont vécu des moments de crises sociales et politiques qui restent encore mal maîtrisées. Cela est particulièrement vrai pour la République Démocratique du Congo, le Rwanda, le Burundi, le Congo, le Tchad et la République Centrafricaine. Bien que l’on assiste au niveau institutionnel à l’émergence de structures de collaboration dans la région, les rapports entre les pays restent distants et suspicieux. Ainsi, contrairement aux avancées notables dans la zone CEDEAO, la libre circulation des personnes et des biens reste encore un vœu pieux pour les populations de l’Afrique Centrale.

État des débats et positions gouvernementales et non gouvernementales en cours

Positions et actions gouvernementales

Malgré l’arsenal juridique encadrant la résolution des conflits, deux systèmes semblent s’opposer, mais il existe des tentatives pour dépasser cette opposition avec l’avènement de nouvelles structures. Selon une expression de Robert D. Kaplan, nous entrons dans un monde divisé en deux parties qui évoluent chacune à une vitesse différente. Une partie du globe, industrialisée, abrite, protège et choie le « dernier homme » cher à Hegel et Fukuyama, tandis qu’une autre partie, plus étendue, est habitée par « le premier homme » de Hobbes, celui qui vit selon « l’état de nature où règne la guerre de tous contre tous, condamnés à une vie solitaire, besogneuse, quasi animale et brève ». Ainsi, il existe aujourd’hui deux systèmes, qui n’obéissent pas à la même logique des conflits. L’un, en effet, apparaît beaucoup plus développé et se trouve face à des situations inédites, des problèmes d’un nouvel ordre, des conflits moins classiques, qui ne seront pas appréhendés de la même manière, et qui demandent la plupart du temps à être réglés par la négociation. D’un autre côté semble persister un système dans lequel les antagonismes ont pour enjeu certes l’étendue du territoire mais surtout la cohérence ethnique. Ainsi, David Lake et Donald Rothchild soutiennent que « dans les sociétés où l’appartenance ethnique est un élément important de l’identité, la rivalité épouse souvent les clivages ethniques. » Selon Jacques Lévy, pour se repérer dans les contextes instables, nous devons avoir recours à un « constructivisme réaliste », en prenant en compte le résultat d’interactions existant à un moment donné et celui d’interactions d’acteurs qui évoluent. Olivier Dollfus, Christian Grataloup, et J. Lévy présentent le monde en affirmant qu’il n’est pas une société unifiée, et qu’il comprend plusieurs spatialités autonomes bien que souvent reliées, et l’on peut ainsi faire rentrer les deux logiques des conflits précédemment identifiées dans deux spatialités différentes. Ils poursuivent leur raisonnement en disant que plusieurs cartes du monde sont donc envisageables et que leur réunion, forme un système de systèmes. Or c’est dans le cadre de cette logique universaliste que semblent agir différentes instances, différentes structures de sécurité, dans le but de régler les conflits.

Selon Nicole Gnesotto, il existe trois systèmes de sécurité : un système de puissance, grâce à la dissuasion militaire, un système de droit, avec l’ONU, et un système de valeurs qui défend la démocratie et les droits de l’homme. Cependant, ces systèmes sont face à des paradoxes : comment concilier par exemple le principe de la souveraineté nationale et celui du droit d’ingérence ? Par ailleurs, l’intervention internationale, en particulier quand elle s’accompagne de l’usage de la force militaire, soulève des questions de gouvernance, de légitimité, et met en lumière les contradictions propres à son mandat ainsi que la persistance de rapports de force au sein des organisations internationales.

En outre, du fait de la lourdeur inhérente de l’ONU et des États, les institutions d’États ou internationales paraissent parfois inefficaces. La résolution des conflits est donc désormais souvent l’objet central d’activités de nombreuses organisations privées, anglo-saxonnes et principalement états-uniennes, qui ne s’intéressent qu’aux problèmes politiques et à leur résolution. Ainsi, le règlement des conflits apparaît souvent comme une « chasse gardée américaine ». Les pays membres de l’OTAN entendent aussi donner à cette organisation un rôle, au moyen de la dissuasion militaire, dans le règlement des conflits. Mais ce rôle de l’OTAN est contesté par de nombreux pays et de nombreux acteurs.

Au niveau régional, il y a des organisations comme l’UA, la SADC, la CEEAC, CEDEAO, CEPGL qui jouent un rôle non négligeable dans la recherche des solutions aux conflits qui opposent les pays du continent africain. Mais comme ces pays sont subordonnés aux grandes puissances, ils recourent toujours à elles.

En effet, au niveau de l’Afrique Centrale, la CEEAC essaie de se rétablir tant bien que mal et d’assurer sa mission d’intégration régionale. Des initiatives de promotion des droits humains sont en émergence à travers la collaboration entre les acteurs à tous les niveaux (États, bailleurs de fonds internationaux, organisations de la société civile). Aujourd’hui, il existe une reconnaissance globale de l’influence et du potentiel croissant de la contribution des organisations de la société civile (OSC) à la paix et à la sécurité.

Positions et actions non gouvernementales:

Dans son rapport de juin 2001 sur la prévention du Conflit Armé à l’Assemblée Générale des Nations Unies, le Secrétaire Général de l’ONU a lancé un appel pour l’interaction étroite entre l’ONU et les organisations de la société civile (A/55/985-S/2001/574).

La Résolution 1625 du Conseil de Sécurité de l’ONU reconnaît les rôles fondamentaux de la société civile dans la prévention du conflit et souligne leurs apports incontestables dans ce domaine (S/RES/1625, 2005). Bien que les conflits violents ne cessent de menacer la sécurité humaine, la prévention du conflit naît comme une stratégie centrale qui vise à intégrer les efforts de toutes les parties prenantes œuvrant à promouvoir la paix et le développement.

Les OSC et les ONG œuvrant pour la paix et le développement ont fait preuve de leur capacité à compléter les efforts gouvernementaux dans le domaine de la prévention des conflits. Nous citons le cas du Réseau Ouest Africain pour l’Édification de la paix (WANEP), qui continue d’animer des approches collaboratives dans le domaine de l’édification de la paix et de la prévention du conflit en Afrique de l’Ouest avec la CEDEAO. Lors des conflits violents, c’est la société civile qui offre des services essentiels y compris le secours aux populations nécessiteuses.

Enfin, des organisations régionales telles que l’Union Africaine (UA) et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont engagé les acteurs de la société civile dans leurs efforts visant à promouvoir la paix et la sécurité dans la région. L’exemple du système d’alerte précoce de la CEDEAO (ECOWARN) en collaboration avec le WANEP est l’exemple le plus visible en Afrique, d’une collaboration effective entre la société civile et une institution intergouvernementale pour la prévention des conflits.

Les membres du FIP, pourraient réfléchir à s’engager à assurer des interventions rapides pour maitriser les situations de crise de sorte à empêcher qu’elles ne deviennent des conflits. De manière plus spécifique, dans cette thématique de prévention et résolution des conflits, on pourra se pencher sur: des mesures relatives à la création de la confiance, y compris des accords régionaux sur le bon voisinage, des commissions paritaires sur la coopération, la promotion des médias responsables et qui rendent compte; la promotion de la culture de paix : s’attaquer aux causes profondes du conflit, développer un système d’alerte précoce et des mécanismes d’intervention rapide, aborder la question de l’impunité et de menace de génocide, etc.

Quelques thèmes de négociation :

  • les conflits à l’Est de la RDC,
  • les conflits frontaliers et économiques RDC-Angola ; Tchad-Soudan;
  • conflit électoral au Gabon ;
  • les désarmements et démobilisations des anciennes forces négatives au Congo:
  • le conflit en RCA ;
  • cartographie des conflits en Afrique et dans le monde ;
  • échanges internationaux sur la prévention et résolution des conflits ; etc.

etc.

Liste des abréviations:

SADC  : Southern Africa Development Community
CEEAC  : Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale
CEMAC  : Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale
CEPGL  : Communauté Économique des Pays de Grands Lacs
CEDEAO  : Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Documents

Résultats de l’enquête sur la perception des conflits en Afrique Centrale

Le FIP au FSM: Atelier sur la résolution et la prévention des conflits

Atelier prévention et résolution des conflits à Brazzaville

PFN Responsable:

CNONGD